Tout a commencé le 13 avril dernier, lorsque je me suis rendue à Sulukule, ce quartier d'Istanbul
où habite la communauté gitane, présente ici depuis 1000 ans http://dubretzelausimit.over-blog.com/article-30222402.html, mais qui vit ses dernières heures.
Deux semaines après, j'avais rendez-vous avec Funda, auteur du blog http://www.sulukulegunlugu.blogspot.com et qui fait,
entre autres, du soutien scolaire aux enfants du quartier. La rencontre était fixée au café Şükrü du quartier, lieu de rendez-vous de l'orchestre rom de Sulukule qui perpétue la
musique tzigane ayant si longtemps distrait les sultans de la cour ottomane.
.
De nombreuses photos sont accrochées sur les murs, il ne manque plus que la musique... J'ai fait connaissance ce jour-là avec Şenol, le chef de la troupe, également vice-président de
l'association des habitants de Sulukule, ainsi que Vurgun, un des musiciens.
Vurgun, à gauche et
Şenol, le chef de l'orchestre rom de Sulukule
Une date pour se retrouver et passer quelques heures en compagnie de tout l'orchestre est fixée au 18 mai, date de leur dernière représentation de la saison hivernale du Babylon, petite
mais très célèbre salle de concerts d'Istanbul.
L'orchestre a vu le jour en février 2006, peu après la fondation de l'association des habitants de Sulukule. Son but est de faire tenir debout ne serait-ce que les musiciens qui animent le
quartier, malgré sa destruction et les exils qui en découlent, et de perpétuer ainsi la renommée des musiques et danses roms connues dans le monde entier.
La soirée débute à 21 h et comporte trois parties. La première est plus particulièrement
axée sur la musique fasil, originaire de la Türk sanat müziği, la musique traditionnelle turque, elle-même inspirée de la musique ottomane.
La musique rom prend la relève, mettez le son et laissez-vous emporter :
http://www.photonumerique.org/orchestreromsulukule.wma
Je vous propose, en même temps, de faire connaissance avec la troupe.
Akif joue de la clarinette à merveille, c'est un véritable régal pour les oreilles.
Akif
Le violon "pleure" entre les doigts d'Arif qui le manie avec talent, en osmose parfaite avec son
instrument.
Arif
La première partie permet au soliste Erdoğan de faire vibrer les spectateurs grâce à sa voix chaude et
langoureuse.
Erdoğan
Ergin joue à merveille du kanun, instrument à cordes pincées de la famille des cithares dont l'origine,
très ancienne, pourrait remonter à la fin du IXème siècle.
Ergin
Şenol, le chef, tape avec entrain le darbuka, sorte de percussion.
Şenol
Şükrü, Président de l'association des habitants de Sulukule, fait également partie de
l'orchestre où il officie également aux percussions en tous genres (kenar, tabla).
Şükrü
Tamer joue aussi bien du tef (sorte de tambour très fin) que du davul, le tambour traditionnel turc.
Tamer et son tef
Vurgun, quant à lui, gratte son ud, instrument à cordes apparenté au luth. L'ud est né en Babylonie 600 ans après Jésus-Christ et fait partie de cette génération d'instruments qui a traversé les
siècles.
Vurgun
L'ambiance commence à chauffer... et ce n'est que le début de la soirée !
Dans la loge, durant la pause, taquineries, accolades et parties de fous rires sont au programme. L'atmosphère qui règne au sein de la troupe est on ne peut plus sympathique et bon
enfant...
La musique rom est au rendez-vous après le premier entracte. On entre dans le vif du sujet ! La fête peut réellement commencer !
Sur la scène, deux personnages très attachants et hauts en couleur vont mettre le feu ! Je vous présente Kobra Murat, chanteur, poète, troubadour des temps modernes ! Ses mots sont
tour à tour plein de chaleur, de douceur et de tendresse mais aussi d'énergie et de vie, un vrai bonheur de l'entendre chanter... après l'avoir écouté parler...
Kobra Murat
Ses 76 ans n'empêchent pas l'adorable Nigar de répandre autour d'elle la bonne humeur qui la caractérise. Adolescente, elle dansait déjà lors les mariages et son entrain est toujours aussi
vif.
Tamer se transforme en showman, emporte son tambour dans la salle, alors que Nigar fait claquer ses castagnettes.
On glisse des billets dans les cordes du tambour
La soirée bat son plein
L'orchestre rom de Sulukule sait mettre l'ambiance, faire monter la température... et donner du bonheur à tous les hôtes de la soirée. Que ce soit autour des tables ou à l'étage, on danse
sur les rythmes entraînants de la musique tzigane.
Cet orchestre réputé de talent a donné de nombreux concerts à Ankara, Bursa, Istanbul bien entendu, entre autres à Garaj Istanbul et, en particulier, durant toute la saison écoulée, au
Babylon, à raison d'un ou deux par mois. Un concert est prévu en novembre prochain à Berlin à l'occasion d'un festival de films.
Kobra Murat, une véritable "bête de scène"
Je concluerai par cette phrase prononcée par Kobra Murat "Si la musique rom n'existait pas, il n'y aurait pas d'art !" Elle fait véritablement partie intégrante de l'histoire, de la culture
musicale, de la Turquie tout simplement...
Egalement sur dailymotion : http://www.dailymotion.com/Natistanbul/video/15706769
Site de l'orchestre : http://www.sulukuleorkestrasi.com/
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